Mes contemporains se "lol" devant la vidéo d'un gars obèse qui danse, c'est tellement jouissif de se foutre de la gueule des gens. Ou bien s'extasient devant un appareil photo à dix milliards de pixels. Ils aiment tellement les ragots des stars, les vidéos choc, le programme TV ou se posent des questions très graves du genre : "Qu'est-ce que je vais manger ce soir ? La flemme de faire à bouffer". Chacun, passionné, fixé, tourné dans son petit coin, émerveillé par telle ou telle nouveauté, jouissance, passion ou problématique personnelle. Impudiquement. Égoïstement. On m'a assez répété que les gens ont le droit de faire tout ce qu'ils veulent, mais je ne suis pas d'accord. Non, on n'a pas le droit de tout faire.
Je suis très loin d'être meilleure que mes contemporains, je vis dans un monde de technologie, de Mac, d'informatique, d'iPad et d'HTML5. Je bosse dans la presse. Mais je me pose de sérieuses questions depuis pas mal de temps déjà. Pourquoi en parler aujourd'hui ? C'est peut être la crise de la trentaine (terme rassurant...) qui fait que je pose un regard sur ma vie, un bilan de mes trente premières années. Je n'ai pas (encore) d'enfants pour m'empêcher d'avoir le temps de me poser des questions. Je suis complétement larguée et même paradoxalement larguée.
La justesse, le droit de pouvoir vivre dans ce monde pendant que la faune et la flore se noient dans le pétrole, pendant que l'homme cherche une autre planète pour y vivre au lieu de prendre soin de celle qui l'héberge, je ne sais plus où se trouve le vrai. Quel choix de vie ? Quelle vision de la vie ? Je pourrais faire l'autruche sur tout ce qu'il se passe dans le monde, transpirer de plaisir devant l'iPad et dire "merde" à tout le reste. Mais quand je vois tout cela (si, si, allez voir), je ne peux pas rester de marbre et me dire "Ah, quelle bande de salauds ces amerloques.". Parce qu'au final, moi aussi j'ai une voiture qui roule au gasoil, moi aussi j'achète des produits emballés avec du plastique. Moi aussi, je vis comme une connasse de consommatrice au chariot exigüe. Nous sommes tous coupables de cette catastrophe, tous, tous, tous.
Une prise de conscience, une véritable et profonde claque dans la gueule. Pas juste "Ah bah oui, l'homme est entrain de tout détruire. Tu veux un café Martine ?". Une personne consciente mais hypersensible, se refusera de voir les choses pour ne pas souffrir, se protéger. C'est une solution que j'ai tenté d'appliquer mais je n'y arrive pas, je suis tellement en colère, tellement révoltée. J'ai une boule au ventre si puissante que je pourrais soulever une montagne. Ce puits de pétrole c'est vraiment un gros coup de fouet pour nous mettre face à nous même. Ce n'est pas la première fois que ça arrive et on en parle déjà plus. Parce qu'il y a la coupe du monde de football qui commence et il y a encore des promos chez Leclerc ? Ah, pardon.
Le summum de la superficialité. On vit véritablement dans un monde paradoxal, composé de plusieurs états et de plusieurs consciences. Même si la "conscience collective" nous pousse à protéger la nature, à manger moins gras, moins salé, moins sucré. Cette conscience collective nous permet juste d'avoir bonne conscience. Parce qu'au final, ne pas jeter ses papiers par terre n'est pas un signe de respect pour la nature. Le véritable respect serait de se demander, avant de fabriquer le papier, si cela va servir à quelque chose. Une réflexion ne pollue pas.
Même si je ne suis rien, j'ai quand même tendance à faire chier mes contemporains pour qu'ils consomment utile. Encore un terme à la mode, je sais. C'est bien joli de cultiver son potager pour mieux manger et ainsi bloquer, à son échelle, le système de consommation - tout en mangeant mieux - mais acheter une cafetière ou une paire de chaussures à dix euros pour en changer six mois plus tard c'est vraiment, vraiment de la connerie. Parce qu'au delà du fait de jeter la cafetière qui ne marche plus (bah oui, à dix euros... vous vous attendiez à quoi ?), c'est tout la chaîne : fabrication, exploitation, transports, commercialisation et ta bagnole pour aller l'acheter qui a aussi consommé de l'énergie et donc du pétrole.
Quand j'en parle autour de moi, on me dit souvent "Que veux tu y faire ? C'est triste, mais c'est comme ça." Ca me fait vraiment peur ce genre de réponse. "C'est comme ça". Et c'est tout ? Et on fait quoi ? On fait rien ? Ah bon. Je sais que je ne sauverais pas le monde. Ce n'est pas cet accident qui est triste les amis, c'est de se dire que l'on y peut rien. Qu'on est des pauvres loques qui regardent tout cela comme si il s'agissait d'une fiction télévisée. Irréelle. Notez juste que 2 000 ou 3 000 tonnes de pétrole s'écoulent chaque jour, depuis le 24 avril 2010, dans l'océan, nous en sommes donc à 126 000 tonnes aujourd'hui. (230 000 tonnes au Shell, au total pour l'Amoco Cadiz, considéré comme la pire catastrophe écologique que la Terre ait connue).
Et pour vous prouver que je suis une connasse finie, têtue, et impossible à résonner, j'ai fait un petit test, sur Facebook, j'ai posté deux liens (ceux que je vous ai donné plus haut). Aucune réaction. Rien, nada. Puis j'ai posté "J'aime les bananes". Et en peu de temps, j'ai eu des réactions (ironique pour la première, certes, bien compris). C'est fou, non ?
